Histoire de L’Erythrée
L ' ANTIQUITE
Durant des siècles, l’Erythrée fut un des itinéraires commerciaux principaux des périodes antiques de plusieurs royaumes sur la mer Rouge et dû subir plusieurs conquêtes.Les Egyptologues suggèrent que le secteur était probablement le pays sacré de Pount, à laquelle la Reine Hatshepsout envoya une expédition conduite par Senmout.

Le nom Erythrée fut donné par les Grecs de l’antiquité pour désigner la Mer Rouge, il est à l’origine d’une algue bleue nommée thrichodesmium erythreaum. Ses régions, étaient sillonnée de peuples pastoraux nilotique, couchitique, et de populations sémitiques qui sont venues du royaume yéménite de Saba au 1er millénaire avant J-C.

Ptolémée Philadelphe fonda au milieu du IIIème siècle av.J-C le port d’Adoulis, situé à l’emplacement du village de Zoula, près de Massawa, que Pline, vers l’an 75 de l’ère chrétienne, considérait comme l’une des escales les plus importantes de la Mer Rouge. En effet des marchands guerrier en provenance de l’Inde par l’océan Indien, l’Arabie, le Soudan, l’Egypte transitaient par ce port d’échanges.

LE CHRISTIANISME
Vers l’an 70, le christianisme fit une première apparition dans la région. Une régente, nommée Judith, gouvernait le royaume d’Axoum, c’est aussi à cette époque que fut construite la première église (Saint-Marie-de-Sion), les vieux auteurs l’appelaient Candace. Un noble, grand eunuque, de religion juive, sur-intendant du trésor royale revenant d’un pèlerinage au Temple de Jérusalem, fut converti sur la route de Gaza, par Saint Philippe le Diacre. Rentré à Axoum, il y publia la doctrine du Christ. La reine y adhéra, ainsi qu’un grand nombre de ses sujets. Mais, après sa mort, le peuple retourna à son ancienne religion. Cependant au début du IV siècle, sous le patriarcat de Saint Athanase, deux moines grecs, Frumences (converti au christianisme, du temps des Romains), et Aidessuis, fils d’un marchand de Tunis, du nom de Méropius, s’égarèrent sur les côtes de la Mer Rouge, ils furent faits prisonniers et conduits dans l’intérieur par le port d’Adoulis, répandirent le christianisme jusqu’au royaume d’Axoum, dont le roi Ezaena se convertit à la religion chrétienne puis le monophysisme s’imposa en provenance d’Egypte.

AXOUM
Les Axoumites soumirent les régions situées entre le plateau du Tigré et la vallée du Nil. L’Etat se divise entre Axoum proprement dit et ses royaumes vassaux, dont les monarques sont sujets du « roi des rois » d’Axoum, auquel ils paient tribut. Les royaumes vassaux étaient situés sur le plateau du Tigré et dans la région de la baie de Zula, au delà de la rivière Takkazé, en Erythrée, et dans la péninsule arabique.

L'ISLAM

Au VIII siècle, les Arabes occupent le littoral et les îles Dalhak. En 1527 les attaquent du Sultan Mohamed Gragne, s’acharnait à mettre fin à la chrétienté dans la région, mais Jean III du Portugal, envoya en 1541, Christophe de Gama, fils du navigateur Vasco de Gama avec un contingent de 400 portugais. Il prit le commandement des troupes éthiopiennes et Ahmed Gragne fut vaincu et tué.

En 1557, les Ottomans occupèrent la régions côtière jusqu’au 19ème siècle, et les Egyptiens à partir de la deuxième moitié du 19ème siècle occupèrent toute l’Erythrée à l’exception du plateau. Ismaïl, après Méhémet Ali préoccupés de s'assurer la possession des territoires où le Nil Bleu prend sa source et qui, déjà, s'étaient établis dans le Harrar. De Massaoua, de Zeïla, et en remontant le Nil Bleu et l'Albara, les forces égyptiennes convergeaient pour pénétrer au coeur même des plateaux. Yohannès VI (sacrer empereur à Axoum en 1872) repoussa et détruisit trois armées égyptiennes qui perdirent plusieurs milliers de soldats : en 1872, les troupes que Müzinger-Pacha avait débarquées à Zeïla et qui furent anéanties près du lac Aoussa; une autre armée de 6 600 hommes commandée par un Danois, le colonel Ahrundrup-Pacha fut également décimée en 1875.

En 1876, pour venger ces échecs, une expédition de 20 000 hommes partit du Caire et débarqua à Massawa. Elle avait, pour général, en chef, le fils du khédive, le prince Moulay Hassan, assisté du ministre de la Guerre et d'un important état-major européen et américain. La bataille eut lieu à Goura et fut désastreuse. Ce ne fut qu'à la suite de la chute d'Ismaïl et de la révolte d'Arabi-Pacha, que les troupes de Yohannès après avoir harcelé pendant deux années, les contingents de Gordon-Pacha et que celui-ci eût échoué dans ses tentatives de négociation avec le Négus, que le péril d'une conquête égyptienne fut écarté.

LES PUISSANCES EUROPEENNES
Le percement de l'isthme de Suez, en 1869, fera de la mer Rouge le couloir le plus fréquenté du monde. Du même coup, la région de la Mer Rouge prendra une importance internationale qui ne cessera de s'accroître. Les puissances européennes se hâteront. d'acquérir des dépôts de charbon, des points d'appui sur la nouvelle route ouverte par le génie d'un Français vers les mers de Chine, du Pacifique et vers l'Océan Indien.

L'Angleterre la première, agrippée dès 1838 aux rochers d'Aden, s'empare de l'ile de Périm qu'elle fortifie, afin de contrôler, à son profit exclusif, le détroit de Bab-el-Manded : la Porte de l'Enfer. En 1884, l'Angleterre occupe Zeïla et Berbera, elle sut apaiser les craintes de Ménélik II par le traité que l'amiral Hewet conclut et qui, notamment, garantissait à l'Éthiopie le libre transit par Massaoua, des marchandises destinées aux états du Négus ou en provenant. C'est déjà le problème de l'accès à la mer.
Mais les Anglais qui, à cette époque, avaient déjà mis la main sur l'Égypte cherchaient partout des alliés pour combattre les derviches, dont la vague redoutable menaçait de les submerger. Partie du Darfour et du Kordofan, cette vague déferlait impétueusement, recouvrant tout le Soudan nilotique, balayant les garnisons égyptiennes, enlevant Khartoum et Kassala, séparant la basse Égypte de la province équatoriale, répandant son flot rugissant jusqu'aux rives de la mer Rouge. C'est dans l'espérance d'un appui efficace contre ces terribles fanatiques, que le Cabinet de Londres avait attiré l'Italie à Massaoua et qu'il encourageait les desseins de Crispi.

Il peut n'être pas d'un intérêt purement historique de mentionner, à cette place, que, quand les Russes, après le traité de Paris en 1856, évacuèrent l'Ile aux Serpents à l'embouchure du Danube, il fut convenu que les Anglais, de leur côté, abandonneraient Périm. Ces deux îles devaient recevoir une destination essentiellement neutre, pour servir de « points » à la navigation interocéanique. Des phares devaient y être aménagés et entretenus par une contribution des navigateurs, de tout pavillon, fréquentant le Danube et le détroit de Bab-el-Mandeb.

En 1884, la France prend effectivement possession d'Obock. De 1884 à 1888, elle étend son influence à Tadjoura, à Doulloul, à Soukti, à Sagallo, à Ambado et annexe les îles « Les Frères ». En 1888, après avoir occupé les îles Mousah et Bab, elle s'installe à Djibouti. La Côte française des Somalis est constituée. Elle est l’œuvre de la diplomatie tenace du gouverneur Lagarde. En 1873, antérieurement à l’installation sur la côte des Somalis, M. de Sarzec, consul de France à Massaoua, fut envoyé en mission auprès d'Atié Yohannés.

L'ITALIE
Le missionnaire lazariste Joseph Sapeto acheta pour le compte de la Compagnie Rubattino de Gênes pour une somme de 40 000 lires, quelques parcelles de terrain au voisinage de la Baie d'Assab. Le Père Sapeto signait une convention avec les frères Ben Aimad, Sultans d'Assab, le 15 novembre 1869, et le territoire entre le Mont Ganga et le cap Sumah devenait propriété de la Compagnie Rubattino. Le 11 mars 1870, le navire de guerre italien Vedetta commandé par le Capitaine de Frégate Ruggiero, arrivait à Assab et le pavillon italien était solennellement hissé sur la station.
En mars 1882, la Compagnie Rubattino céda tout le territoire au gouvernement italien et Assab fut déclaré colonie italienne.
En 1882, l’amiral Caïmi, installé à Buïfa, au fond de la baie d’Assab, à l’instigation de l’Angleterre, occupent Massawa en 1885. En débarquant l'amiral Caïmi, dans une proclamation, déclare à la population que le gouvernement italien « ami de l'Angleterre de la Turquie et de l'Égypte, lui avait donné l'ordre d'occuper Massaoua ».

Le 1er janvier 1890, le Roi Humbert 1er officialise le nom de l’Erythrée sur la suggestion de l’écrivain italien Carlo Dossi (secrétaire du Premier Ministre Francesco Crispi).

L'Italie porte ensuite des regards sur les hauts plateaux éthiopiens. Elle croit détenir les bases d'action qui rendront possible une conquête éventuelle. Dès ce moment, le conflit est ouvert entre l'Italie et l'Éthiopie. Yohannès, qui, à la suite de négociations avec l'Égypte, première occupante de Massaoua, avait réclamé un droit de préemption et obtenu que ce port ne tomberait dans les mains d'aucune autre puissance et fort du traité Hewet protesta énergiquement.

Les Italiens, après avoir fortifié Massaoua, franchirent la frontière et pénétrèrent à l'intérieur des territoires éthiopiens. Après de vaines réclamations, le Négus Yohannès décida de s'opposer par les armes à cette avance. Les Italiens abandonnèrent alors Dogali (26 janvier 1887) et se replièrent sur Massaoua.

Atié Yohannès, dont le fils était mort prématurément, manifesta l'intention de distendre ses liens avec Ménélik II. Celui-ci, mécontent, s'isola alors, dans le Choa et se montra quelque peu accessible aux protestations d'amitié et aux offres que lui firent certains Italiens. Il prépara avec eux un premier arrangement (1887) qui lui reconnaissait la couronne et la possession immédiate de territoires déjà partiellement occupés par l'armée italienne. Il reçut également des armes et des munitions.

l'Angleterre excita la ferveur chrétienne du Négus Yohannes IV et parvint à le convaincre que le madhisme représentait un danger aussi grave, pour la foi, que celui qui avait menacé l'Éthiopie au temps de Mohammed Gragne. L'empereur n'écoutant que son zèle religieux, attaqua furieusement les derviches, s'empara de Gallabat, mais fut tué à la fin du combat.

Le général Italien San Marzano sut très bien profiter de la diversion . Ne rencontrant plus aucune résistance sérieuse il reprit dès que les armées de Yohannès se trouvèrent aux prises avec les Madhistes la marche en avant. Il réoccupa Dogali où, deux ans avant, les troupes italiennes avaient subi un premier échec.

UCCIALI (WUTCHALE)
Comme roi du Choa éthiopien, Ménélik II céda l’Erythrée aux Italiens (traité d’Ucciali du 2 mai 1889, qui sera dénoncé en 1893), pour affaiblir son rival tigréen au trône d’Ethiopie, Atié Yohannès, que le comte Pietro Antonelli, avait négocié et signé alors que l'Italie se trouvait en guerre contre l'empereur Yohannès.

A la nouvelle du décès de Yohannès, Ménélik II, acclamé par le peuple, comme le représentant de la vieille dynastie, fut proclamé empereur et couronné par l'Abouna Matheos, à Entotto, capitale du Choa (6 novembre 1889). Pour établir ces frontières stratégiques, Ménélik II fut amené à concevoir une véritable politique coloniale. Une ère de conquêtes et d'expansion s'ouvrit. Ménélik comme Yohannes rêvaient d'avoir un territoire jusqu'à la mer.

En 1889, au moment où mourait Yohannès et à l'heure même où Ménélik II recevait l'investiture impériale, les Italiens avaient repris leur marche en avant et s'étaient réinstallés à Dogali. En 1890 et 1891, poursuivant d'accord avec le cabinet de Londres, ils occupaient le Bénadir, au sud du Somaliland. Peu après, Anglais et Italiens signaient les traités de démembrement des 24 mars-15 avril 1891. Ces traités reconnaissaient à l'Italie une sphère d'influence un protectorat qui embrassait l'Éthiopie tout entière, y compris le Harrar. Ils portaient atteinte, sur ce dernier point, à un arrangement franco-anglais du 2 février 1888, qui avait stipulé que les deux gouvernements «s'engagent à ne pas chercher à annexer le Harrar ou à le placer sous leur protectorat.
Ce traité n'eut pour effet que d'engendrer la cause d'où sortira le conflit qui, à Adoua, se dénouera d'une manière, hélas sanglante,

Le traité d'Ucciali renouvelait les engagements de l'arrangement intervenu deux années auparavant. Au lendemain de la rupture du pacte qui devait assurer, automatiquement, à Ménélik II la succession au trône impérial, cet arrangement lui avait reconnu la couronne en échange de sa neutralité. . L'empereur qui avait cru conclure un traité d'amitié et de commerce, se trouvait, par le machiavélisme d'une traduction avoir accepté un protectorat. On sait que le texte ahmarique avait seul reçu le sceau du Négus et la signature du plénipotentiaire italien. On sait aussi que l'article 17 qui portait les mots : « S. M. l'Empereur d'Éthiopie aura la faculté de se servir des agents du gouvernement italien, etc... » avait été « renforcé » dans la traduction italienne. A la place du mot « faculté » on avait prévu « obligation ». En 1893, Ménélik II prit le parti de rompre. Il dénonça formellement le traité d'Ucciali, fit part de sa décision aux puissances européennes, proclamant son indépendance, et signifia qu'il n'avait « plus aucun engagement envers le roi Humbert ». Le Négus remboursa, en même temps, les quatre millions qui lui avaient été prêtés par l'Italie.
Or en annexe au traité d'Ucciali et par une convention additionnelle, l'Italie avançait à Ménélik II, 4 millions de francs et lui fournissait 38 000 fusils, 28 canons et des munitions en abondance. Tout ce qu'il fallait pour qu'il s'opposât à leurs projets, avec les plus grandes chances de succès.

ADOUA
L'armée éthiopienne sous la direction de Ménélik II et le commandement en chef du ras Makonnen, avec 120'000 hommes contre 12'000 pour les Italiens, écrasa donc les Italiens à Adoua (1er février 1896). Aux hésitations légitimes du général Baratieri qui, lui, ne doutait pas du sort qui l'attendait, Crispi avait, dit-on, rageusement répondu : « Tu es phtisique ! »,(atteint de tuberculose pulmonaire, dépérissement) ému, de cette apostrophe cinglante, le chef militaire avait obéi.

 

 


LES TRAITÉS
La défaite des Italiens à Adoua aboutit au traité d’Adis Abeba . Le traité de paix d'Addis Abeba (26 octobre 1896) annula le traité d'Ucciali. Il reconnut l'indépendance sans réserves de l'empire d'Éthiopie, comme « État souverain et indépendant ». Il remettait à une « entente amicale» le soin de déterminer les frontières définitives, de l'Italie, s'engageant à ne faire « de cession quelconque de territoires à aucune autre puissance ». Enfin pour écarter toute erreur de traduction, le traité, sur la demande du gouvernement éthiopien, fut écrit en ahmarique et en français, les « deux textes absolument conformes », et une convention (10 juillet 1900), délimitera les frontières entre l’Erythrée et l’Ethiopie.

Enfin, toujours en janvier 1897, était signé un arrangement décidant que « conformément à la convention unissant par amitié la France et l'Éthiopie et déclarant le port français de Djibouti débouché officiel du commerce de l'Éthiopie, les approvisionnements, marchandises, armes et munitions destinés à Sa Majesté l'empereur, y passeront en franchise »...

Dans le domaine économique, un traité de commerce et d'amitié est intervenu entre l'Italie et l'Éthiopie. Il a été signé à Addis Abeba le 21 juillet 1906 et a été ratifié par le roi d'Italie le 8 octobre de la même année.

En ce qui concerne les limites territoriales, elles ont été fixées par des accords successifs : du 10 juillet 1900 relatif à la frontière entre l'Éthiopie et l'Érythrée (et sa note annexe du 15 mai 1902 également signée par l'Angleterre, car elle visait la frontière entre le Soudan et l'Érythrée) du 16 mai 1908 pour la délimitation du Benadir; du 16 mai 1908 (avec son acte additionnel) pour la délimitation de l'Érythrée.

Le 13 décembre 1906 un traité signé par l’Angleterre, la France et l’Italie délimitent leurs sphères d’influences, dénoncé en 1906 par l’Italie de Mussolini.

LA 2ème GUERRE MONDIALE
A partir de 1930, les Italiens firent de l’Erythrée leur base de départ pour la conquête de l’Ethiopie. Ils recrutèrent dans la population de nombreux auxiliaires Erythréens (Ascaris)

Le 3 octobre 1935 à 5h 30 du matin le Général de Bono, le général Gabba, Cona, Caffa, traversent le fleuve Mareb suivit par la division Gavinana, devancé par les francs-tireurs Erythréens commandés par les officiers italiens.

Le 9 mai 1936, l’Italie proclame l’Empire Oriental Italien, après avoir conquis, l’Erythrée, l’Ethiopie et la Somalie.

 

L'ANGLETERRE
Les britanniques mirent fin à la domination de l’Italie alliée de l’Allemagne durant la 2ème guerre mondiale.

Les anglais tentent de rallier les Erythréens à leur cause en leur promettant, le moment venu d'exercer leur droit à l'autodetermination.

L'avance britannique en Erythrée commença le 19 janvier 1940 par la prise de Kassala, localité située à la frontière du Soudan. Kassala avait été en butte à des assauts répétés, et les Italiens l'évacuèrent définitivement. Ensuite, les Anglais semblent avoir progressé en trois colonnes: celle du centre, en direction de Bisha qu'elle atteignit le 26, celle du nord, en direction de Gheru, que les Italiens évacuèrent sans combat, et celle du sud, en direction de Barentu, après un détour sur Tesseney. Dans l'extrême-sud de l'Erythrée, presque à la frontière éthiopienne, une petite colonne britannique s'avança sur Om-hager, mais n'entra en contact avec les troupes italiennes que plus tard. Les Italiens, en se repliant, se groupèrent sur les deux positions d'Agordat et de Barentu, où ils opposèrent une violente opposition à l'adversaire. Après trois jours d'une lutte acharnée, Agordat fut prise, le ler février, par les deux colonnes britanniques venant de Bisha et de Gheru, tandis que Barentu repoussa l'attaque frontale de la colonne de Tessenei. Le général Platt, commandant en chef des troupes anglaises, fait poursuivre, par une partie seulement de ses effectifs, les Italiens qui se repliaient d'Agordat sur Keren et envoie des détachements blindés en direction du sud, sur Barentu. Le résultat ne se fit pas attendre: le 3 février, c'était la chute de la position, qui s'était soudain trouvé attaquée de deux côtés. Cependant, la garnison parvint à se retirer en direction du sud-est , en passant par Tole. Ce ne fut qu'à ce moment que le petit poste d'Orm-Ager, qui se trouvait désormais totalement isolé, décida de se rendre.

Ces combats de frontière prirent fin le 5 février, et le contingent britannique, qui avait enlevé Agordat, progressa le long de la voie ferrée Agordat-Keren-Massaoua. C'est dans le massif montagneux de Keren que le duc d'Aoste, vice-roi d'Abyssinie, avait concentré le gros des forces qu'il avait affectées à l'Erythrée. La position principale italienne se trouvait sur de hauts sommets ' aux abords arides et abrupts. Elle présentait pour l' assaillant des difficultés presque insurmontables. Aussi désignait-on Keren sous le nom de ,"Gibraltar de l'Erythrée". De plus, on avait atteint la période de l'année où de grosses chaleurs s'abattent sur le pays. Le manque d'eau obligea les chefs britanniques à mettre au point une organisation spéciale du train, avec d'innombrables colonnes de mulets. Dans la position proprement dite, que nous pouvons nous représenter comme un demi-cercle de plusieurs kilomètres de longueur, il y avait, selon les indications qui ont été publiées par la suite, cinq brigades coloniales et cinq bataillons de troupes italiennes de la métropole, en plus d'une forte artillerie et du matériel de tranchées en abondance, par conséquent, au total, environ 30 000 hommes. Les assaillants, dont les troupes étaient composées principalement de contingents hindous, de highlanders" et de bataillons anglais, furent obligés de se frayer, à grand' peine et avec des pertes sensibles, un passage jusqu'aux abords de cette véritable citadelle, pour se mettre ensuite à l'assiéger littéralement.

Le général Platt engagea autour de Keren, dans le nord de l'Érythrée, toutes les forces disponibles, auxquelles se joignirent même, plus tard, des troupes gaullistes. Cependant, ces détachements furent tout d'abord obligés de surmonter les défenses italiennes frontalières de Carora et, le long de la côte, de Mersa Taclai et de El Ghena, afin de gagner le flanc droit de la position de Keren. Ils atteignirent Mersa Taclai le 10 février et El Ghena le 12 et, n'ayant à leur disposition, ni détachements blindés, ni détachements motorisés, ils n'avancèrent que lentement vers le sud. Une autre décision stratégique était conjointement prise: on dirigea les détachements venant de Barentu sur Adi Ugri, situé au sud d'Asmara, afin de barrer ainsi la communication entre Keren, Asmara. Ce que l'on sait ne permet pas de dire si ces colonnes ont effectivement atteint Adi Ugri. Par contre, il est certain qu'un détachement britannique atteignit, le 14 février, Areza (à 50 kilomètres au sud-ouest d'Asmara). Il faut cependant reconnaître que, lorsqu'en mars, les Italiens se replièrent d'Asmara en direction d'Adua, en Ethiopie, c'est-à-dire vers le sud, ils ne furent pas entravés dans leur retraite.

Parallèlement à ces mesures secondaires, le général Platt préparait l'encerclement tactique de la position de Keren, aussi bien par le nord que par le nord-ouest. Aux environs du 19 février, cet investissement était terminé. Le groupe qui venait du nord avait occupé Kubkub, le 23 février, et était arrivé, le 27, à 25 kilomètres de Keren, après avoir pris Kelhamet. Alors commencèrent de terribles combats, jour et nuit, sans trêve, autour de la position de Keren proprement dite. Ils furent d'autant plus meurtiers que les Italiens répliquèrent très souvent par de vigoureuses contre-attaques. C'est au cours d'une de ces dernières, que tomba le vaillant général Lorenzini. Le 3 mars, le groupe du nord avait conquis le col de Mescelit entre Kelhamet et Keren et occupé ainsi une position de départ, pour prendre les Italiens à revers. Grâce au concours ininterrompu de la R.A.F., avec laquelle l'aviation italienne n'était plus en état de se mesurer, les combats autour de Keren prirent, à partir du 16 mars, une violence extrême qui devait amener une décision. La lutte se poursuivit cependant avec un acharnement tragique, pendant près de deux semaines. On suppose que l'assaillant était inférieur en nombre au défenseur. En ce qui concerne les derniers jours de la résistance, divers communiqués mentionnent que les combats se déroulèrent, de jour, par une chaleur accablante et, de nuit, par un froid intense. Au cours des dernières 24 heures, des troupes hindoues réussirent, après de véritables prouesses, à atteindre des sommets, dépassant encore ceux tenus par les troupes italiennes. Des mitrailleuses y furent installées, qui appuyèrent avec succès l'attaque frontale menée par des régiments écossais et hindous.

Au cours des quatre derniers jours de l'attaque, la R.A.F. lança environ 40 tonnes de bombes explosives sur les positions ennemies, Malgré cela, et jusqu'à la dernière minute, les Italiens entreprirent, en divers endroits, des contre-attaques désespérées. Il n'y en aurait pas eu moins de douze. La prise de cette position de montagne permit à des divisions blindées britanniques de pénétrer à Keren le 27 mars, à 7 heures du matin.
De Keren une route, bordée de montagnes des deux côtés, mène, par d'étroits lacets, jusqu'à Asmara, également située cri altitude. C'est là que se retira ce qui restait des troupes italiennes (5800 hommes avaient été tués ou blessés; 4900 autres, faits prisonniers). Les arrière-gardes tentèrent d'arrêter les colonnes britanniques qui les poursuivaient, soit en faisant sauter la route, soit en disposant aux endroits propices des ,nids" de mitrailleuses. Malgré les attaques en rase motte de leurs aviateurs, les Anglais ne parvinrent pas à avancer rapidement sur Asmara. Lorsque, le 1 er avril seulement, les troupes britanniques s'approchèrent (l'Asmara, la ville capitula. C'était là un résultat surprenant et inattendu. La position naturelle (l'Asmara était presque aussi forte que celle de Keren, Il est permis de supposer que les ascaris du duc d'Aoste, ébranlées par l'impression qu'elles avaient ressentie lors de la bataille de Keren avaient perdu leur ardeur combattive. Les derniers contingents italiens se replièrent d'Asmara en éventail: une partie sur Massawa, une autre en direction du sud par Adoua sur Dessié, et une partie en direction (lui sud-ouest sur Gondar. Les colonnes britanniques poussèrent immédiatement en avant vers Massawa et, en direction sud, vers Dessié. Le port de Massawa ne pouvait plus être défendu. Cette localité est située au bord de la mer, au bas des pentes, sur le haut desquelles se trouve Asmara. Quelques positions isolées dotées de mitrailleuses essayèrent encore d'arrêter les Anglais, Ces derniers durent procéder au ,nettoyage" des champs de mines, établis par les Italiens, à l'est et au sud d'Asmara. Cette action prit un certain temps, aussi ne fut-ce que le 4 avril, que (les parlementaires britanniques firent savoir aux défenseurs italiens de Massawa, qu'une attaque générale de la ville causerait inévitablement de lourdes pertes et que, d'autre part, la population d'Asmara, forte de 100'000 âmes à cette époque, se trouverait dans une situation économique difficile, ses stocks de ravitaillement touchant à leur fin. Les Italiens refusèrent de capituler et ce ne fut qu'après 18 heures de combats acharnés, que les vaillants défenseurs furent dans l'obligation de déposer les armes et de se rendre. En l'occurrence, ce furent les forces gaullistes qui, les premières, prirent la ville d'assaut.

Par la conquête du triangle Keren-Asmara-Massawa, la résistance italienne en Érythrée était brisée. Il ne restait plus à anéantir que (le petites positions situées clans le sud-est de l'Érythrée, dans cette étroite bande de territoire qui s'étend entre la mer Rouge et l'Abyssinie, en direction de la Somalie française. Le général Pratt envoya des patrouilles motorisées, afin d'éliminer ces derniers petits foyers de résistance. Le port d'Assab était toujours entre les mains des Italiens, mais il n'avait aucun espoir (le tenir longtemps encore, au cas où se déclencherait un assaut combiné de terre et de mer, désormais possible.

les Britanniques mirent fin, en 1941, à la domination italienne.

L'ETHIOPIE
Les Anglais occupèrent l’Erythrée jusqu’en 1952. l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies, , décida en septembre 1952 que l’Erythrée serait fédérée à la couronne éthiopienne, mais avec des institutions démocratiques :une Assemblée élue au suffrage universel désignant le chef de l’exécutif, des partis politiques et des syndicats libres. Malgré l’opposition des Ethiopiens, partisan de l’amharique, le tigrinya et l’arabe devenaient les langues officielles de l’Erythrée.

Les Ethiopiens provoquèrent en 1955 un retournement de majorité à l’Assemblée, la même année elle imposa l’interdiction des partis et des réunions politiques, l’abandon du drapeau érythréen (1959),l’adoption des lois éthiopiennes, l’obligation d’employer l’amharique, et la réunion à l’empire en 1962.

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